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Lacto-fermentation recette de base (choucroute)

La lacto-fermentation, la fermentation lactique, c’est génial !
Je me demande pourquoi c’est si méconnu de nos jours !

La lacto-fermentation un moyen de “conservation” idéal

C’est un moyen de “conservation” très très simple. Super efficace, sans danger, ça ne consomme pas d’énergie (contrairement à un frigo par exemple) et en plus c’est bon pour la santé et pour le palais !

Je dis ci-dessus que la lacto-fermentation est un moyen de “conservation” entre guillemet, car en fait, le mot “conservation” sous entend que l’on va figer un état précis pendant longtemps. Mais la lactofermentation c’est pas ça. On ne fige pas. On bonifie !!

Oui, on améliore les aliments. Il y a parfois une petite phrase qui dit:
La lacto-fermentation c’est le seul moyen de conservation qui ne dégrade pas, mais enrichi les aliments. Par exemple en développant les vitamines.

Dans le passé, la choucroute était consommée très régulièrement durant l’hiver, et constituait une forme de cure pour la flore intestinale
Giulia Enders

Choucroute au cumin et baie de genièvre

L’Humain est avant tout une colonie de bactéries

La lacto-fermentation c’est une philosophie. C’est tout d’abord réaliser que nous sommes des bactéries !
Nous sommes une colonie de bactéries: le microbiote qui vit en symbiose avec des cellules de corps humain. Il y a plus de bactéries (39 000 milliards) que de cellules (30 000 milliards) dans un humain !

Escherichia coli
Grossissement × 15 000
Cette bactérie compose 80% de notre flore intestinale

Qui suis-je ? Est-ce que finalement le corps humain ne serait pas le moyen que des bactéries ont trouvé comme moyen de transport ?

Donc sur cette base, il est temps de comprendre ce qui fait du bien à une colonie de bactérie.

Malheureusement depuis Louis Pasteur, les bactéries et microbes ont mauvaises presse. On veut tout désinfecter et tout éradiquer à 99,9% comme c’est écrit sur les gels anti-bactérien.

La médecine occidentale soigne abusivement à coup d’anti-biotique (mot qui signifie anti-vie).

Pire, ~3/4 à 4/5 (suivant les pays) des anti-biotiques sont donnés préventivement à nos animaux d’élevage que l’on mange !

Agir ainsi, c’est en fait organiser un suicide à petit feu.

… et c’est ce qui arrive.

On entend régulièrement parler d’effondrement de la bio-diversité. Et ceci en la voyant hors de soi. Mais en fait le plus grand effondrement de biodiversité, se fait dans ses propres entrailles, avec la perte de biodiversité du microbiote.

… après il ne faut pas s’étonner de voir autant de gens qui sont sensibles de la digestion et qui ont des allergies.

La lacto-fermentation c’est enrichir le microbiote, en prendre soin. Et il nous le rend bien !

Principe de la lacto-fermentation

Le principe de la lacto-fermenation c’est donc de créer un milieu dans lequel les bactéries qui nous sont favorables vont se développer. Et dans lequel les bactéries qui nous sont défavorables ne vont pas pouvoir se développer.

Sur la surface des légumes, il y a toujours plein de micro-organismes (bactérie, levure, champignons, virus, etc…). Il y a des “bons” et des mauvais.

Si on laisse des légumes à l’air libre, ce sont les micro-organismes de putréfaction et des décomposition, qui vont prendre le dessus. (Ce qui est aussi très bon… notamment au compost.. comme quoi la notion de bon et de mauvais est relative.)

Pour favoriser une conservation de légumes. On va créer un milieu qui favorise les bactéries de la famille des ferments lactiques. Le plus simple c’est de mettre un peu de sel et ça va inhiber les autres micro-organisme.

Puis on va aussi enlever l’air. Car le processus de fermentation lactique, n’a pas besoin d’air pour fonctionner, contrairement aux micro-organismes de décomposition.

Les bactéries lactiques se nourrissent des glucides présents dans les légumes (En très bref.. du sucre…elles aiment les pâtisseries, comme nous !). Elles transforment ces glucides en acide lactique. Ce qui rend le milieu acide, et donc encore moins favorables aux bactéries de putréfaction.

Donc l’acidité augmente. Mais au bout d’un moment, le milieu est également trop acide pour les bactéries lactiques (vers un PH de ~4), notre préparation se stabilise et peu se conserver loooooongtemps ! Même jusqu’à 100 ans !! (on a retrouvé des vieille jarre de Kimchi coréen.)

PH de ~ 4 pour une bonne lacto-fermentation

Donc voilà la philosophie de la lactofermentation. Il y a deux armées de bactéries qui s’affrontent une pour construire et une pour détruire…

On va favoriser celle qui construit.

C’est très différent de la “stérilisation” qui décide qu’on va tuer tout le monde, les gentils comme les méchants. Et tout fermer hermétiquement. Et si par malheur la fermeture hermétique ne l’est plus.. et bien c’est un nouveau territoire pour les gentils comme pour les méchants…. On ne sait pas qui vient !

Alors que si on ne stérilise pas. Si on laisse un bocal plein de gentil. Si par malheur le bocal n’est plus hermétique. Et bien le premier méchant qui va se pointer va se retrouver non pas sur un terrain vierge. Mais face à l’armée des gentils… Le méchant n’a aucune chance. La lacto-fermentation est un moyen de conservation sûr.

Un essais concret de lacto-fermentation: recette de la choucroute

Bon, après la philosophie et la théorie, il est temps de passer à la pratique.

Le plus simple c’est de faire de la choucroute. C’est un goût connu. Ça marche bien. C’est l’idéal pour démarrer.

Ingrédients – matériel

• ~ 1kg de chou blanc
• ~1cc d’épice par exemple du cumin
• 5-6 baies de genièvre
sel brut, non iodé, non fluoré, sans anti-agglomérant E535.
(tous des désinfectants et anti-bactériens… donc pas trop favorables !)
• 1 bocal à fermeture avec joint de caoutchouc. ! important ! Pas de couvercle à visse !

Préparation

le jus du chou sort avec le sel
La betterave est particulièrement active, elle coule bien hors du bocal
Bocaux à la cave, au frais à ~ 16°-17°C

Pour le prélèvement de la choucroute

Préparer sa choucroute, c’est bien, mais après il faut la manger. Le fait d’ouvrir le bocal, laisse entrer de l’air. Donc c’est pas top. Car la partie à l’air va à nouveau potentiellement se faire dégrader par des bactéries pas forcément voulues.

Si on laisse à l’air, il y a facilement un bio-film qui peut se créer en quelques jours, c’est pas dangereux. Mais c’est pas très appétissant ! Si ça arrive, il suffit de l’enlever et de manger ce qui est dessous.

Biofilm qui s’est formé sur un reste de choucroute au frigo !

Donc le mieux à faire, c’est de TOUT manger !
Là on se rend compte que c’est plus pratique de faire des bocaux adapté à ce que l’on est capable de manger en quelques jours.

Je me souviens quand j’étais gosse que mes grands parents avaient un tonneau à choucroute. C’était la choucroute pour tout l’hiver. Ils ne mangeaient pas ça tout d’un coup ! Donc là, il y a quelques précautions à prendre pour prélever sa choucroute.

Je me souviens qu’il y a avait un torchon en tissu avec une planche en bois posée dessus et des gros cailloux pour faire du poids.

Ainsi la choucroute reste dans son jus et c’est juste le torchon qui est potentiellement recouvert d’un biofilm. On peut le laver facilement.

Il existe aussi des pots en grès qui sont fait exprès pour y faire fermenter la choucroute. L’étanchéité se fait par un “joint” à eau. (une rigole pleine d’eau dans laquelle repose le couvercle)

Personnellement, je fais plein de bocaux d’une contenance d’environ 1l. C’est facile à manger en quelques jours et entre deux repas, je place le bocal au frigo. Ainsi ça limite l’apparition d’un biofilm.

Questions fréquentes à propos de lacto-fermentation

Comme la lacto-fermentation est une technique un peu oubliée, et que depuis Louis Pasteur on a formaté la population à faire la chasse aux microbes et que l’on stérilise tout, se lancer dans la lacto-fermentation ça fait un peu peur !

On se pose beaucoup de question. C’est normal. Je suis aussi comme ça. J’ai du me documenter beaucoup avant de me lancer. Puis j’ai fait des erreurs aussi (j’ai utilisé un bocal à visse… bouh mauvaise idée !!!) mais là ça commence à aller bien et donc je partage mes expériences.

Quels type de récipient utiliser pour la lacto-fermentation ?

Chaque pays à son fabriquant préféré. Moi j’ai plusieurs sortes de bocaux. Il y a les bocaux de type Weck, avec ses clips simples. Il y a les bocaux “le parfait”. Les bocaux Kilner anglais, les bocaux bormioli fido italien, on les trouve à la Migros. Ils sont pas chers, mais ne s’empilent pas bien, ils glissent. Mes préférés sont les anglais Kilner..
Dans certaines caves suisses, il existent encore des bocaux Bülach…

Pour la taille, j’ai des bocaux de 0,25l, 0,5l, 0,6l, 1l.

Attention à ne pas utiliser de bocal à fermeture à visse…. c’est une source de soucis ! (J’en ai eu… je veux plus !)

Voilà, la réponse simple est lâchée. Puis on peut passer à la réponse complexe.

Le but c’est l’anaérobie. Donc ne pas avoir d’air car ça favorise les mauvaises bactéries, celle de putréfaction. Donc il nous faut un récipient hermétique. Le bocal à joints en caoutchouc est parfait. Car lors de la fermentation le CO2 généré, pousse l’air dehors. Il peut aussi y avoir un peu de jus qui sort si ça bouillonne… la lacto-fermentation c’est vivant !

Il y a plusieurs sortes de récipients possibles:

Les jarres en grès du Jangdokdae au palais de Gyeongbok à Séoul

Combien de temps attendre avant de manger le contenu d’un bocal ?

Il y a plusieurs “religions” et ça dépend de la température. Le plus court délai minimum dont j’ai entendu parler c’est 2 semaines et le plus long délai minimum que j’ai entendu c’était 6 semaines. Donc 1 mois me semble une bonne moyenne ! … de toute façon le but c’est que ça se garde très longtemps !

Ne pas oublier de mettre une date sur le bocal, pour se souvenir de quand il a été fait.

Quels types de légumes peut-on faire fermenter ?

Tout est bon à faire fermenter…. (aussi d’autres choses que les légumes… comme le condiment préféré des romains, le Garum fait à base de poisson ! De nos jours, c’est le Nuoc mâm vietnamien qui ressemble le plus )

Pour les légumes, la lacto-fermentation ça marche mieux avec les légumes d’hiver: les racines, etc….

Choux, carotte, panais, betterave, navet, céleri, fenouil, radis noir, etc.

J’ai jamais testé, mais il semble qu’avec les courgettes, courges concombres ça devient tout mou, et que les patates se dissolvent... donc bof..

Personnellement je recommande de manger de saison. C’est tout ce dont on a besoin au bon moment. L’ail d’ours au début du printemps, pour se dépurer, les tomates, courgettes et concombres plein d’eau en été pour rafraichir et l’hiver des racines qui se conservent mieux et s’enrichissent en probiotiques quand on les lacto-fermente.

On peut aussi faire fermenter des fruits. Mais je n’ai personnellement jamais testé….

Quelle quantité de selutiliser pour faire une lacto-fermentation

On peut également utiliser de la saumure, donc de l’eau salée à 3%. (30g pour 1l d’eau) La saumure est plus pratique quand on a des gros morceaux. Quand on fait des petits morceaux comme avec la choucroute, c’est plus simple de faire dégorger le chou avec du sel directement dessus. Dans la choucroute seul le propre jus du chou suffit à tout couvrir.

A propos de sel, il est recommandé de n’utiliser que du sel brut. Sans iode, sans fluor, sans anti-agglomérant E535. C’est pas simple. Perso, j’ai encore de l’anti-agglomérant….

Pourquoi du sel brut ? Et bien par ce que se sont des désinfectants anti-bactériens !
Tout comme le chlore dans l’eau du robinet ! (il s’évapore, donc il suffit de laisser cette eau reposer un moment pour qu’elle soit utilisable pour une saumure.)

Quand je dis que dans notre société tout est fait pour éradiquer les bactéries!!

Dans tous nos aliments et nos pratiques ont fait la guerres aux bactéries. Il faut vraiment prendre conscience que nous sommes majoritairement une colonie de bactéries plus que des cellules !!! Il faut cesser ce suicide ! et favoriser les micro-organismes qui nous sont favorables.

lacto-fermentation de carotte et panais + bocal de kéfir

Comment bien conserver un bocal entamé ?

Une feuille de chou entière est une bonne astuce pour faire un “bouchon” qui s’assure que les petits morceaux en dessous ne remontent pas à l’air libre. Ainsi si un biofilm se forme ce ne sera que sur le “bouchon” qui est facile à enlever.

Si on laisse à l’air, il y a facilement un bio-film qui peut se créer en quelques jours, c’est pas dangereux. Mais c’est pas très appétissant ! Si ça arrive, il suffit de l’enlever et de manger ce qui est dessous.
(voir ci-dessous, des photos de biofilm)

Que faire d’un bocal entamé ? …. le finir ! 😉

Mon légume lacto-fermenté est très acide, c’est normal ?

Les bactéries lactiques se nourrissent des glucides présents dans les légumes (En très bref.. du sucre..). Elles transforment ces glucides en acide lactique. Ce qui rend le milieu acide, et donc encore moins favorables aux bactéries de putréfaction.

Donc l’acidité augmente. Mais au bout d’un moment, le milieu est également trop acide pour les bactéries lactiques (vers un PH de ~4), notre préparation se stabilise et peu se conserver loooooongtemps !

Donc l’acidité est nécessaire.

Mais on observe que traditionnellement, le kimchi et la choucroute se mangent souvent avec du porc et aussi des patates. Ça a tendance à mieux faire passer l’acidité !

Ma lacto-fermentation a moisie que faire ?

Alors il y a plusieurs cas:

Un biofilm pas très appétissant formé sur un bocal à visse mal fermé

Pour être certain que c’est comestible. Il faut s’assurer que l’acidité soit bien en dessous d’un PH de 4,5. On peut le tester avec un papier PH.

Le PH est inférieur à 4,5 donc la choucroute est assez acide pour qu’aucun micro-organisme pathogène ne se développe, on peut manger sereinement.

Voici quelques exemples de bio-film et de moisissures pour bien voir la différence.

Encore un biofilm constitué à cause d’un bocal à visse… mais dessous le PH est inférieur à 4,5

Pour aller plus loin….

Pour aller plus loin, je recommande le site ni-cru ni-cuit qui est une mine d’or en ce qui concerne tout les aliments fermentés… kéfir, levain, lacto-fermentation. J’ai passé des heures sur ce site. Il y a aussi énormément de commentaires.

Les gens posent toujours les mêmes questions…. mais il suffit de prendre le temps de lire les commentaires et tu vas comprendre l’essentiel !

J’ai lu 2 ans de commentaire sur cette page et ça m’a beaucoup aidé pour commencer mes lacto-fermentation de la bonne manière. (après avoir foiré un essai avec des bocaux à visse…. )

Donc merci beaucoup pour ce site web.
…. et pour aller encore plus loin, en plus du site, elle a aussi écrit plein de livres…

Bon.. et bien maintenant au boulot… à toi de pratiquer.. et de manger !

Bon appétit

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